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« Monsieur le Président,

C’est avec émotion, dans le plus grand confinement que je me permets de vous écrire cette lettre que vous lirez peut-être, à moins qu’un de vos conseillers ne la jette au panier. Mais en même temps, cela ne fera rien au contenu dont je souhaite vous faire part. L’épidémie fait rage dans notre pays et sur le sol de la patrie, ce sont des milliers et des milliers de femmes d’hommes et d’enfants qui vont y laisser une vie parfois à peine commencée, comme cette jeune fille de seize ans jeudi 26 Mars.

L’épidémie fait rage dans le monde et ce sont des centaines de milliers et de millions d’êtres humains dont la vie sera volée dans la période sans que « nous n’y puissions rien ».

Chez nous, vous avez décidé coûte que coûte, de ne rien faire de très sérieux depuis fin Janvier, obnubilé par des élections locales dont le résultat n’a aucun sens, compte tenu du contexte dans lesquelles elles se sont déroulées. Un ami à moi qui était accesseur dans un bureau de vote vient de décéder du Covid-19, 17 jours après avoir fait son devoir, parce vous disiez qu'il n’y avait « aucun risque ». Mon ami de 50 ans ne peut pas vous en tenir rancune. Moi si.

Chez nous, alors que ma fille qui est infirmière fut en grève tout en continuant de soigner les malades aux urgences dans son petit hôpital de sous-préfecture. Je dois vous avouer aussi qu’elle et ses collègues défilaient souvent dans les rues à grand bruit pour obtenir des moyens pour sauver les vies.

Ma fille est parfois insoumise et turbulente, mais c’est une bonne professionnelle de santé et elle ne ment pas sur les besoins pour assurer sa mission. Vous avez choisi de ne pas les écouter, même souvent de les faire frapper et gazer par vos policiers. Les mêmes que ma fille et ses collègues essaient de sauver de la mort virale aujourd’hui. Vous voyez, ma fille n’est pas rancunière. Moi si.

Ma nièce est « maman seule », elle est « hôtesse de caisse », gagnant 900 euros par mois dans un grand magasin des Champs Élysées. La pitchoune est à son poste de travail depuis le premier jour. De toute façon, elle n’a pas le choix. Son directeur a indiqué, m’a-t-elle dit, que s’il y avait trop d’absences, le magasin fermerait. Vous savez, chez nous, l’emploi ne se trouve pas en traversant la rue alors quand on a deux enfants, la question du volontariat se pose autrement. Mais là je suis rassuré, hier soir au dixième jour d’après, le Directeur vient de leur donner un masque chirurgical pour 6 heures de travail effectif. Elles auront peut-être des gants demain, il y en avait en stock mais tout à été vendu dès le premier jour. Une de ses collègues est morte aujourd’hui. Elle ne pourra pas être rancunière. Moi si.

Ce matin, je suis sorti lorsque le camion de ramassage des poubelles passait. J’ai salué les deux agents qui faisaient leur métier, nous nous connaissons bien depuis le temps, j’ai vu dans leur regards l’inquiétude. Ils restaient silencieux, les yeux baissés, l'un d’entre eux me dit de loin que le papa du second avait été tué par le COVID19 dans son EHPAD, seul. Il y a quatre jours, j’ai vu le facteur qui passait vite en vélo électrique, il n’avait pas de masque. Mais en même temps, son directeur lui avait dit qu’il n’en avait pas besoin. Je ne l’ai pas revu depuis… Mais ce sont tous sont des braves gars, Monsieur le Président, ils ne sont pas rancuniers. Moi si.

Ma fille cadette est enseignante et depuis que vous avez décidé de fermer les écoles, les collèges et les lycées, elle organise les cours à distance, rassure les parents, co-organise l’accueil des enfants des soignants dans les locaux et tient des permanences physiques pour ceux-ci. C’est beaucoup de travail mais elle ne se plaint pas, sauf peut-être quand votre porte-parole la traite de fainéante et lui demande d’aller ramasser des fraises dans le Lot et Garonne. Monsieur le Président, je dois vous dire que ma deuxième fille est parfois rancunière. Moi aussi.

Quant aux fraises dans le Lot et Garonne, ne comptez pas sur moi non plus Monsieur le Président, non parce que je n’aurais pas de respect pour les agriculteurs en question mais parce qu’il fut une époque où mon grand-père saisonnier de son état se "louait" aux propriétaires fraisiers des environs, cela faisant « la paye de la saison » comme il disait.

Et puis un jour, on l’a renvoyé chez lui, parce que d’autres êtres humains avaient été recrutés pour moins cher par le propriétaire fraisier et comme des milliers d’autres, il est rentré chez lui, le « béret bas » et sans le sou à mettre sur le bahut de la cuisine.
Mon Grand-père n’en voulait pas à ces « autres » mais à celui qui, pour gagner plus, avait fait venir de nouveaux bras qui avaient eux - leurs familles aussi, besoin de manger. Mon grand-père ne leur en voulait pas parce que chez nous, lorsque quelqu’un a faim, on ne regarde jamais la couleur de son ventre. Il y a toujours une assiette en trop à table au cas où.
 
Alors aujourd’hui, il faudrait parce que on nous dit de le faire d'aller suer chez les petits-enfants des mêmes propriétaires qui ont tué la main d’œuvre locale pour grossir leurs marges ? Comme on dit « il peut pleuvoir de la merde ! ». Vous allez me dire que je suis rancunier. C’est vrai.

Chez nous, on dit que « d’un âne, on n’en fera jamais un cheval de course… » Soyez rassuré, vous n’êtes pour moi ni l’un ni l’autre. Quant à la bande de zozo - boutonneux et de techno-punks qui vous accompagnent, ma mère aimait à dire des incapables « c’est quand ils voient des couilles qu’ils disent que c’est un mâle ». Mais en même temps - votre expression favorite, elle était un peu rancunière et en sa qualité de bonne fille de la campagne, savait que les brouettes ne sont bonnes qu’à être poussées comme vous, dehors...

Ne croyez pas, Monsieur le Président, à notre considération et à notre confiance ni dans cette période, ni dans celle du jour d'après. »
 
Auteur anonyme


Monsieur le Président

 


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