LES
YEUX AU CIEL
chapitre
17
Le
plateau de fruits de mer avait
l'opulence royale du couscous
berbère et la fraîcheur d'un Bateau
ivre...
Les
embarcations des fournisseurs
stationnaient mollement sous nos
yeux, rassurantes au possible pour
des consommateurs de crustacés
occasionnels et méfiants comme nous.
La
première bouteille de sancerre nous
fut servie à bonne température, un
peu trop froide peut-être... Les
suivantes étaient tiédasses !
Hormis
l'absence déplorable de parasols,
l'amabilité de porte de prison du
personnel et une addition de
ministre en goguette, tout allait
pour le mieux dans le meilleur des
mondes capitalistes.
Avant
de quitter ce piège à touristes, je
vérifiai, à tout hasard, le dos de
ma cuiller, tire-jus éprouvé de
certains restaurateurs endettés ou
grippe-sous.
Je ne
m'étais pas fourvoyé : elle avait
servi !
Bien
sûr, on ne nous offrit point de
pousse-café. Cette coutume
commerciale mais conviviale devait
être ici réservée aux habitués, tous
les trois ou quatre repas, ou aux
notables locaux, à chaque période de
calcul de la taxe foncière. Car,
s'il ne fait pas le moine, l'habit
fait souvent couler la mirabelle...
Je
laissai un méprisant pourboire en
laiton car je n'avais pas de balles
de gros calibre sur moi ; petite et
basse vengeance en vérité mais
tellement jouissive.
Marie
voulut aller voir Deauville. Cette
perspective cavalière ne
m'enthousiasmait pas vraiment mais
je ne pouvais ni ne voulais rien lui
refuser.
Toutefois,
juste avant de prendre le volant et
prétextant un urgent et génétique
appel, je téléphonai à la
gendarmerie.
Feignant
une bégayante panique démesurée, je
les avertis qu'un hold-up saignant
était en cours chez notre dealer de
bigorneaux. Je me gardai bien de
leur révéler que le braqueur et le
patron n'étaient qu'une seule et
même personne...
Le zélé
standardiste voulut connaître mon
identité. Je dus lui donner le
premier nom qui me vint à l'esprit :
celui de François... On ne se refait
pas !
Et
puis, pour une fois, la maison
d'arrêt servirait à quelque chose :
un alibi en béton armé !
Mon
interlocuteur parut plonger
totalement dans ma gentille farce,
convaincu sans doute par mon sens de
l'improvisation.
Je
démarrai ensuite tranquillement, en
toute décontraction. Marie me
demanda si mes parents allaient
bien.
- Oui,
ça va... Impeccable ! lui
répondis-je avec détachement.
Sur la
route, quelques instants après notre
départ, nous croisâmes une armada
pressée qui survolait littéralement
le goudron en feu pour secourir les
hors-d'oeuvre en péril.
Ma fée,
toujours sur la crête aiguë de la
perspicacité, supposa qu'il devait
s'agir de quelque chose de grave :
- Un
incendie ! Non, plutôt une attaque à
main armée... finit-elle par
trancher nettement.
N'était-elle
pas adorable ?