Fable
La
tortue dodue au Club Med
Des
vagues magnifiques caressaient
bruyamment le visage de la
tortue Jeannine qui prenait
discrétement un bain de minuit
moins le quart. Elle avait en
effet gardé son armure car son
poids la complexait un peu.
Elle
était bien, heureuse comme un
hareng pommes à l'huile et
savourait pleinement cet instant
de bonheur solitaire. Bien sûr,
avec un partenaire cela eut été
mieux. Mais bon, seule au Club
Méd depuis trois jours personne
ne l'avait encore caressé du
regard ; pas même un homard
lubrique à se mettre sous la
dent après dîner !
Elle
avait payé fort cher son séjour
et il était absolument hors de
question de rentrer bredouille
dans son Aquaboulevard parisien.
Ses copines ne la rateraient
pas... Elle chercha sans relâche
un beau mâle venu pour les mêmes
raisons qu'elle mais n'en trouva
point. Ils étaient trop occupés
à courir après de jeunes
gazelles minces et bronzées. La
concurrence était beaucoup trop
rude pour la pauvre tortue
dodue.
Le
sixième jour elle se résigna.
Elle se mit à manger comme un
chancre aux somptueux buffets
offerts à son appétit déprimé et
décida de bronzer à plein temps
sur la plage privée de tout. On
dut la rapatrier d'urgence en
raison d'une indigestion
monstrueuse et d'une insolation
à cloques purulentes. A
l'hôpital, gravement atteinte
moralement elle perdit tout ses
kilos en trop à force de pleurer
sur son sort ridicule. Un
fabuleux lièvre infirmier la
trouva si craquante qu'il lui
demanda bientôt de l'épouser.
Elle accepta bien sûr...
Comme
quoi, rien ne sert de courir au
Club Méd, il faut maigrir
avant...
Laurent
Potelle